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Le couple, une solution et un problème!-4- Problème

Image correction auto 600 PAR 400 ROGNENous avons vu précédemment que le couple est un système relationnel qui permet à chacun de construire et renforcer son identité. Il constitue une structure capable d’accueillir de nouveaux membres et de se constituer en famille.

Nous allons voir maintenant que le couple peut devenir un espace de tensions et de conflits relationnels mettant en souffrance les individus du couple et le couple lui-même lorsque certains principes ne sont pas respectés.
 
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A. Les déséquilibres dans l’engagement de chacun dans le couple:


Certains couples vivent l’expérience douloureuse d’un déséquilibre dans l’engagement des conjoints dans la vie et le projet de couple.

Un couple capable de traverser la durée avec un certain degré d’harmonie établit implicitement une sorte de règle, un accord qui respecte un équilibre dans les échanges relationnels.

Les rapports humains répondent à une loi d’équilibre et de réciprocité permettant qu’harmonie et paix sociale règnent dans une communauté. Il est alors nécessaire que les échanges de biens, de matière, de personnes, d’idées soient équilibrés entre les diverses parties présentes dans l’accord.

Les équilibres économiques supposent ce type de loi. A l’intérieur d’un groupe humain comme une communauté villageoise nombre de services sont échangés à la satisfaction de tous si une règle d’équilibre est respectée. Par exemple le garagiste va réparer gratuitement la voiture de son beau-frère paysagiste qui s’occupera en retour gratuitement de tailler les haies et le gazon du garagiste. Si le paysagiste ne rend plus ce service, il contractera une sorte de dette relationnelle (éthique relationnelle) qui déséquilibrera l’accord et amènera une situation conflictuelle.

L’éthnologie est pour une part importante une science humaine qui décrit les règles d’équilibre lors des préparations de mariage. Ainsi la thèse fondamentale de Claude Lévi Strauss (Les structures élémentaires de la parenté) pourrait se résumer ainsi :

« La prohibition de l'usage sexuel de la fille ou de la sœur contraint à la donner en mariage à un autre homme, et, en même temps, elle crée un droit sur la fille ou sur la sœur de cet autre homme. Ainsi, toutes les stipulations négatives de la prohibition ont-elles une contrepartie positive. La défense équivaut à une obligation : et la renonciation ouvre la voie à une revendication. » (Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Paris, Mouton, 1967, 2e édition, p.60)

L'idée est celle d'un échange réciproque au fondement de l'alliance matrimoniale. La femme qu'on «se refuse» est «offerte», en sachant qu'en contrepartie il m'en sera rendu une autre, directement ou indirectement. Ce phénomène global prend donc la forme d'une circulation des femmes qui lie différents groupes sociaux en un ensemble unique : la société.

Maintenant que nous avons fait cette courte introduction qui met en évidence la nécessité d’un équilibre dans les échanges intéressons-nous plus spécifiquement à notre sujet : le couple et l’apparition de situations problèmes en son sein.

Plusieurs types de déséquilibres peuvent se révéler source de crise profonde dans un couple :


 
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a) Quand l’un aime pour deux:


Il arrive quelques fois que l’échange en terme de don amoureux soit inégal et accepté au début de la relation par chacun des partenaires. Bien entendu on peut imaginer une situation de couple où l’un des membres dit à l’autre « je sais que tu m’aimes moins que je t’aime, j’accepte ce déséquilibre, mais mon amour pour toi fera durer notre relation ». Ce type d’accord de départ est plutôt rare dans une formulation explicite.

En général il s’agit plutôt d’une entente implicite basée sur la personnalité d’un membre que l’on qualifiera d’altruiste, portée à se soucier du bien être de l’autre avant de se préoccuper de ses propres besoins.

L’autre membre du couple peut être « mal dans sa peau », manquant d’estime de soi, replié sur lui-même, peu extraverti, ayant appris à se protéger de l’autre, et ayant vécu dans un milieu familial émotionnellement et affectivement pauvre.

Un accord se met en place au sein duquel celui qui a du mal à donner, à exprimer ses sentiments est accepté en tant que tel par le membre altruiste qui construira la relation avec l’énergie de son amour pour l’autre.

Un jour cet équilibre fragile est mis à mal,

- soit que le partenaire altruiste a accumulé au fil des ans une énorme frustration, voyant que la situation n’a pas évolué, et réclame plus de considération, de retour de la part de son conjoint,

- soit que le conjoint passif ayant pressenti la crise, décide de se tourner vers un autre donateur, générant ainsi une blessure profonde et incompréhensible chez l’autre pouvant s’exprimer ainsi :
 
« après tout ce que j’ai fait pour toi et pour notre couple ».

 
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b) Quand l’un porte le projet et/ou le rêve et l’autre pas.


Etre en couple c’est vivre le présent de la relation dans ses différentes dimensions :
  • Il y a l’espace de la relation amoureuse, échanges et partage sensuel, sexuel, expression digitale (les mots de tendresse et d’amour) et analogique (les gestes de tendresses, les attentions, cadeaux vis-à-vis de l’autre).
  • Il y a également l’espace de la complicité amicale, les gouts communs, le partage des activités, ludiques, organisationnelles.
  • Il y a enfin le soutien réciproque que les conjoints se donnent.
 
Mais il y a également la capacité du couple à se projeter dans un futur ensemble, à imaginer ce futur. Le projet et le rêve commencent avec la question « qu’allons-nous faire dimanche prochain » et ils se poursuivent jusqu’à « quel type de construction familiale notre couple imagine, souhaite.»
Les enfants, l’éducation, les rapports avec les familles d’origines, les différentes étapes de la vie du couple. Beaucoup de couple, même très jeunes, ont plaisir à s’imaginer vivre vieux ensemble.

Or il arrive que cette dimension rêve/projet de vie est portée pour l’essentiel par un seul membre du couple. Et bien souvent je constate dans le cadre de mes consultations que c’est la femme qui porte ce rêve/projet.

Il est fréquent de constater que les jeunes filles sont beaucoup plus tôt enclines à se représenter, s’imaginer comme jeune femme, en couple, en famille avec des enfants alors que les jeunes hommes ont des projets plus héroïques et centrés sur eux-mêmes.
Dans de nombreuses situations on peut dire que lorsque le couple se forme la jeune femme a un projet de vie en couple et en famille déjà bien structuré, élaboré, imaginé. Le jeune homme va adhérer, accepter ce projet sans réellement s’engager dans un dialogue/confrontation sur les différents secteurs de la vie à deux et en famille.

Dans un premier temps tout se passe comme si le conjoint adhérait au rêve/projet de sa compagne ou de son compagnon. Mais petit à petit il va exprimer sa différence voire son désaccord de différentes manières.
Bien souvent il adopte une position passive/agressive critiquant son leader, faisant une sorte de grève du zèle, s’alliant avec les enfants contre le conjoint sur qui progressivement la charge mentale de la famille repose.
Le couple et la famille s’installent alors dans une atmosphère de déception, de tristesse et de rancœur.


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c) Quand l’un ne veut pas soutenir la partie fragile de l’autre:

 
Parfois le couple s’est construit sur la base d’une complémentarité rigide avec des rôles caricaturaux. Il y a le fort et le faible.

Le fort a accepté d’être le fort. Cette position lui permet en quelque sorte de régner sur la vie de couple et l’organisation familiale. Cela peut avoir une fonction réparatrice importante en référence à l’histoire de famille de la personne.

Le faible a accepté d’être le faible. Cette position lui permet de construire doucement, à l’ombre du fort, une identité, de panser ses plaies d’enfance, d’être inclus dans un ensemble relationnel, couple et famille, qu’il ne se sentait pas la capacité de porter.

La crise relationnelle, grave, peut se produire lorsque le fort présente, à un moment de sa vie, une phase de grande fragilité. Qu’il s’agisse d’un burnout, d’une dépression suite à un évènement grave dans la famille d’origine, où d’un accident personnel. Le fort a besoin d’être soutenu, mais pour lui ce soutien est vécu comme presque honteux. Il n’ose pas demander, il ne sait pas montrer sa fragilité. Ou s’il demande il obtient une réponse insatisfaisante. Le faible, lui, se sent alors démuni, il peut être en panique devant l’énormité de la tâche.


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d)Quand l’accord d’origine ne fonctionne plus :


Un couple peut se construire sur une sorte de pacte de soutien réciproque en lien avec l’histoire de chacun.
Quand Adeline rencontre Christophe, bien sur ils vont tomber très amoureux l’un de l’autre. Adeline est une jolie brune exotique, pleine d’humour et très cultivée. Mais sa singularité, liée à son histoire personnelle, lui apporte un grand manque de confiance. Elle a peur de se lancer seule dans la vie.

Christophe est un beau jeune homme, plein de charme, de poésie, très artiste. Mais il a de grands doutes sur lui-même. Il est le dernier d’une famille bourgeoise très conventionnelle, et son côté artiste, sa sensibilité sont dépréciés auprès de ses parents et de ses frères ainés.

C’est donc la rencontre de deux singularités qui se sentent peu reconnues. Ce point commun va les aider à construire une histoire de couple très forte. Ils construiront une famille très unie et solidaire qui se démarquera des familles d’origine.

25 ans plus tard on assiste à un revirement important de situation, à un renversement de l’histoire. Christophe, a qui on avait laissé une petite place dans l’entreprise familiale, va devenir le patron. Une revanche de l’histoire en quelque sorte. Enfin, après tant d’années, il est reconnu. Mais il va passer d’un statut de personne singulière et décalée, à celui de notable.

Il demandera à Adeline de devenir femme de notable.

Adeline n’accepte pas ce qu’elle considère comme une trahison, une rupture du pacte, un coup de canif dans le contrat de couple. En lui demandant de changer de rôle elle ne se sent plus à sa place, elle dira :
 
« on me donne un statut de belle plante dans un vase ».

 
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La suite de ce chapitre très bientôt. J'y aborderai les points suivants:
  • Stabilité du couple et cycles de vie 
  • Couple et familles d’origines 
  • Couple et recomposition familiale
  • Carte du Monde et Programme officiel