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Adolescents et Famille, une Co-croissance nécessaire

ADOLESCENTSADOLESCENTSUn roi avait un fils. Et ce fils s'était détourné de son père.
On dit au fils : retourne auprès de ton père.
Le fils répondit : je ne peux pas.
Alors son père lui envoya un message en ces termes : reviens aussi près que tu le peux, et c'est moi qui ferai le reste du chemin.    
D'après le TALMUD.

Parmi les familles et les personnes que je reçois, j'ai fréquemment des adolescents et leurs familles. Les symptômes allégués sont toujours importants et ils font fortement réagir la famille.
-Tentatives de suicides.
-Symptômes dépressifs avec idées de suicide, et/ou désinvestissement scolaire.
-Conduites prédélinquantes associées parfois aux précédents.
-Symptômes psychotiques.

Une des images classiques que chacun a de l'adolescent est la distance et le mépris qu'il peut manifester à l'égard de sa famille. En fait on peut affirmer que si l'adolescent, par ses conduites violentes et de symétrie, peut montrer qu'il est CONTRE sa famille (au sens de "en désaccord"), on s'aperçoit rapidement au cours de la thérapie qu'il est surtout TOUT CONTRE elle (au sens de "grande proximité").

Je pense notamment à Sophie, fugueuse, que ses parents doivent "traîner" à la psychothérapie, qui jure qu'elle ne parlera pas et qu'elle se contentera de feuilleter des magazines.
Elle ne persistera pas trois minutes dans son mutisme, et rapidement elle contrôlera toute la conversation, révélant sa place et sa fonction de régulation dans le couple des parents.

Tous les adolescents reçus témoignent d'une énorme implication dans le mélodrame ou le drame familial qui se joue alors.

Je pense par exemple à Annie que sa mère, nous amène parce qu'elle a des idées de suicide pour, peut être, rejoindre le père mort depuis 10 ans. Il s'avère rapidement que Annie nous amène AUSSI sa mère. Elle nous déclare textuellement qu'elle a besoin que sa mère s'occupe plus d'elle-même et de son avenir de femme seule de 48 ans, pour que, elle, Annie puisse mener à bien sa propre vie.

J'ai pris l'habitude de penser que ce sont les adolescents qui nous amènent leur famille et leurs parents et non pas  seulement la famille qui amène l'adolescent. Ils nous l'amènent à un moment où ils sentent que leur évolution personnelle est vécue comme une menace pour l'entourage familial.

Pour le thérapeute, il s'agit de mettre en évidence que  les comportements de l'adolescent, vécus comme négatifs par l'entourage, sont une tentative pathétique de réunir les contraires, à savoir l'évolution de l'adolescent et de chaque membre, et la cohésion et la permanence de la famille.

Le thérapeute devra également  réintroduire du mouvement dans des  consciences figées et rivées sur le symptôme, permettre à chacun de commencer à faire cet "aller et retour" permanent et nécessaire entre soi et l'autre, entre le niveau du mythe et le niveau du phénomène, entre le mouvement anticipatif et le mouvement rétrospectif.

Le terme de "famille" réunit pour un systémicien un ensemble de réalités complexes.
  • La famille nucléaire. 
C'est par cette interface que nous, thérapeutes, avons accès à l'ensemble plus complexe qu'est le groupe familial.
  • La famille trigénérationnelle:
Replacée dans le contexte diachronique des trois générations, les mouvements de la famille nucléaire retrouvent toute leur fonctionnalité.
  • La famille, mythe et phénomène
Si on peut décrire une famille en termes de personnes, de communications, il faut également insister, comme le faisait Ronald Laing, sur l'existence de fantasmes de "famille", c'est à dire de la construction imaginaire, collective et inter-générationnelle du mythe familial.
Chaque membre de la famille participe à la ré-élaboration  permanente de ce mythe, s'en réclame, que ce soit pour le défendre ou pour en souhaiter le changement.
Les systémiciens ont ainsi l'habitude de penser le système familial comme un ensemble dynamique s'auto-équilibrant à partir de l'interaction constante entre le niveau du mythe familial et le niveau des phénomènes familiaux quotidiens.
Les deux termes  de la rétroaction, le Mythe et le Phénomène, sont à la fois complémentaires, antagonistes et contradictoires (cf. Edgar Morin dans "La Nature de la Nature").
Le mythe légitime les comportements, et le comportement  justifie en retour la construction mythologique.
  • La famille, entre individus et groupe
Il me faut en outre bien préciser que pour un systémicien la famille considérée comme un système n'est ni la somme des individus qui la composent, ni un objet sociologique au sens où elle pourrait être considérée comme un groupe sans prendre en compte chaque individualité dans sa dynamique propre. 
Le système familial est l'émergence d'un mouvement,  à l'intérieur duquel les deux niveaux logiques, celui de l'individu et celui du groupe, rétro-agissent, se nourrissant l'un de l'autre.
  • Le cycle de vie du système familial
Si la famille n'est pas un organisme biologique, elle peut néanmoins être considérée comme un organisme vivant qui est appelé à vivre des phénomènes d'évolution, de changement, de mutation, de véritables crises de croissance.
Considérée du point de vue de la famille nucléaire, la naissance du premier enfant est une importante crise de l'ensemble des relations internes, une remise en chantier des fonctions de chacun, et donc du sentiment d'identité personnelle.Il en va de même pour la famille avec adolescent qui en est alors à un autre moment de son cycle de vie.

François MOUTARDE
(ce texte est l'introduction d'une conférence donnée il y a quelques années au Centre psychothérapique de la Chartreuse. Si vous souhaitez le texte complet, merci de me contacter. francois-moutarde@hotmail.fr)